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04.01.2008
Vélib' : les leçons d'un coup d'arrêt
Une fois encore la muraille administrative qui confine Paris dans des bornes inchangées depuis 1859 a dicté sa loi.
Rien ne semblait pourtant s'opposer à ce que le succès du Vélib' lui permette de franchir le périphérique d'autant que, dans l'enthousiasme général, le Conseil de Paris, par une délibération du 19 décembre, avait décidé d'étendre le Vélib' à trente communes limitrophes.
Hélas, la réalité parisienne vient de rattraper les amoureux de la petite reine : nous avons appris hier, par une dépêche de l'agence Reuters que le projet de "déploiement du Vélib" confié au groupe JC Decaux venait d'être annulé par le tribunal administratif suite à une plainte de la société Clear Channel rivale malheureuse du groupe Decaux.
Le marché approuvé par le Conseil de Paris prévoyait l'implantation de 300 nouvelles stations (soit 4500 vélos) par la Somupi, filliale de JC Decaux. Les règles de la concurrence, qui sont censées protéger le contribuable parisien, jouent-elles tout leur rôle dans cette affaire ? Un article du Figaro économie daté du 12 juillet 2007 nous a déjà informé des facilités offertes au groupe Decaux dans le cadre de l'accord global signé avec la Ville de Paris. Albert Asséraf, directeur de la stratégie du groupe Decaux, y révélait que les termes de l'accord devraient autoriser le groupe, qui est déjà n°1 mondial du mobilier urbain, à doubler son chiffre d'affaires dans la capitale grâce à la possibilité d'installer des panneaux déroulants (de 30 millions à 60 millions). Il faut savoir que ces dispositifs ne sont pas frappés par la décision de la Ville de limiter l'affichage urbain qui ne concerne que les panneaux fixes.
Cette sollicitude de la mairie pour les grands groupes nous semble très éloignée de ce que devrait être une politique "de gauche". Ne serait-il pas opportun de réserver une part plus importante des marchés publics parisiens aux PME qui, bien que représentant l'essentiel du tissu économique parisien, ne bénéficient manifestement pas des mêmes faveurs que les groupes Decaux, Lagardère et Vinci ? D'autres indicateurs comme la diversité et la lutte contre les discriminations devraient être mieux pris en compte dans le cahiers des charges des entreprises choisies, notamment lorsqu'il s'agit d'étendre tel ou tel réseau à la banlieue.
Il ne suffit donc pas, comme l'indique la mairie dans son communiqué, de déposer un recours devant le Conseil d'Etat pour répondre aux questions soulevées par l'annulation de la décision d'extension du Vélib', d'autant qu'elle renvoie cruellement à l'absence du Grand Paris dont la perspective inspire l'action de la fédération de Paris de La Gauche Moderne. En effet, l'existence du Grand Paris aurait à l'évidence permis de concevoir le projet Vélib' de façon globale, en tenant compte dès le départ des besoins de l'agglomération. L'argumentation du tribunal administratif motivant l'annulation repose justement sur le fait que l'extension "constitue un nouveau marché dès lors qu'elle aurait pour effet de fournir dans chacune des communes un réel service de bicyclette en libre service". A rebours de ce modèle dépassé, le Grand Paris aurait pour vertu de rétablir la continuité territoriale qui, tant en matière de transport que d'urbanisme, est la condition sine qua non d'un développement libre et socialement cohérent de l'agglomération parisienne.
Michel Leter
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