24.12.2007
Logement social : exigeons la transparence
La révélation par le Canard enchaîné des avantages dont bénéficie M. Bolufer, directeur de cabinet du ministre du logement, relance à point nommé non seulement le débat sur la transparence en matière d'attribution des logements sociaux de la ville mais également sur la nature même de la politique sociale du logement à Paris.
La campagne municipale s'enlisait dans des affrontements convenus réduits à une bataille de chiffres sur les logements sociaux construits et attribués. De qui se moque-t-on ? Les 100 000 personnes inscrites sur les listes d'attente on le droit de savoir qui voient depuis des années élus, journalistes et vedettes du show-biz se soustraire à un marché où ils auraient largement les moyens d'entrer pour se voir attribuer des logements conçus pour d'autres.
Face à un tel scandale, la mesure élémentaire qui consisterait à réserver les logements sociaux à ceux qui en ont vraiment besoin apparaît pourtant, à nombre de nos élus, comme une solution simpliste.
Il faut donc probablement prendre de la hauteur, si l'on veut empêcher qu'une certaine classe politique parisienne noie à nouveau le poisson et si l'on entend apporter les éléments d'une réponse efficace à la crise du logement sur Paris, qui comme le rappelle Christian Julienne est une "crise fabriquée".
Le cas Bolufer est intéressant car, dans la mesure où il occupe son logement depuis 1981, date où M. Bolufer travaillait pour Jacques Chirac (au moins ce n'était pas un emploi fictif !) on pourrait penser qu'il représente une scorie de la queue de la comète du tibéro-chiraquisme. Si le maire actuel a vraiment rompu avec les pratiques de ses prédecesseurs, on pourrait aisément lui pardonner que quelques cas isolés soient passés entre les mailles du filet.
Qu'en est-il ? Pour y voir plus clair, il convient d'abord de se souvenir qu'une semblable poussée de fièvre, l'année dernière, avait conduit M. Delanoë à prendre la louable initiative de commander un rapport à l'Inspection générale de la ville de Paris. Publié en avril 2006, ce document mettait en lumière plusieurs faits qui permettrent de répondre à la question de la rupture avec les anciennes pratiques. Nous citons ici la synthèse de ce document rédigé par "Le Perroquet libéré" :
"1) Un nombre significatif d'élus parisiens ou de collaborateurs d'élus bénéficient d'un logement social :
Selon le rapport, ils sont au nombre de 224, dont 24 conseillers de Paris et 77 conseillers d'arrondissement.
2) L'attribution de logements sociaux à des élus parisiens ou à leurs collaborateurs s'est poursuivie malgré l'élection de Bertrand Delanoë en 2001 : 66 élus ou collaborateurs d'élus ont bénéficié d'un logement social depuis.
3) Le maire de Paris a lui-même attribué des logements à des conseillers d'arrondissement ou des collaborateurs d'élus : 5 logements ont été attribués dans ce sens sur le contingent du maire de Paris.
4) En proportion, les élus parisiens et leurs collaborateurs sont davantage logés en HLM que la moyenne de la population parisienne 22% des élus parisiens et de leurs collaborateurs occupent un logement social alors que ce pourcentage est de 18,4% pour la moyenne de la population.
5) Les loyers des appartements attribués à des élus ou à leurs collaborateurs peuvent être très inférieurs au prix du marché 72 élus ou collaborateurs d'élus sont logés dans des logements au prix moyen de 8,94 euros le mètre carré (logement de type PLUS). Les auteurs du rapport d'inspection précisent, comme pour rassurer le lecteur, que les logements les plus chers dans cette catégorie peuvent légèrement dépasser 1.000 euros pour des F4, F5 et F6.
6) Les attributions de logement sociaux à des élus ou des collaborateurs d'élus peuvent s'effectuer dans des délais très brefs. La durée minimum d'attribution d'un logement est dans certains cas de seulement un mois."
Un tel bilan, bien que lissé par l'administration parisienne, donne à penser que la ville n'en a pas encore terminé avec ses vieux démons : comment ne pas exiger la transparence ?
Dans cet esprit, nous avons suffisamment combattu les errances dogmatiques des Verts, notamment en matière de transport, pour ne pas saluer aujourd'hui leur demande d'une publication de la liste des élus qui bénéficient d'un "logement social". Cette exigence embarrasse manifestement M. Jean-Yves Mano, adjoint au maire, chargé du logement. L'assimilant à de la "délation" [sic], il exhorte les Parisiens à ne retenir qu'un chiffre : celui des 30 000 logements sociaux financés sous la mandature Delanoë.
Pourquoi opposer les deux bilans ? Si la transparence, aussi citoyenne soit-elle, ne permet pas en soi une réponse au défi parisien du logement social, réduire la politique sociale du logement sur Paris au nombre de logement sociaux construits constitue un pis aller.
Il est de la responsabilité de La Gauche Moderne sur Paris de proposer une véritable politique sociale du logement inscrite dans le cadre ambitieux du Grand Paris et sur le socle duquel la mairie contribuerait à sortir de la crise actuelle au lieu de l'aggraver.
Nous démontrerons dans un nos prochains articles que loin de lutter contre la "spéculation immobilière", qui lui rapporte une somme considérable par le biais des droits de mutation, la mairie de Paris par la rigidité de son PLU (Plan local d'urbanisme) en est la principale responsable. N'oublions pas que l'équipe Delanoë en baissant le COS (coefficient d'occupation des sols) dès 2001 a encouragé cette "spéculation" qui frappe de plein fouet les classes moyennes boutés (sans jeu de mot) hors des limites de la capitale.
Michel Leter





